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Un dimanche à la Rotonde : Ivan Tirtiaux / Sages comme des Sauvages

27/03/2017

26 mars 2017.


Après une journée passée à se baigner du premier soleil, je n'étais pas la seule à me diriger vers le Botanique, pour un concert du dimanche soir dont l'affiche avait alléché plusieurs mélomanes attentifs à la scène francophone : Sages comme des Sauvages et Ivan Tirtiaux.

 

J'y suis. La lumière descend sur le Jardin en nous inondant d'une dernière chaleur rouge ; les amis s'en régalent sur la terrasse en se tapant dans les mains. Le public francophile réunit souvent les mêmes cousins, les mêmes complices du verbe et de la poésie, mais pas que. Ce soir-là, on sait qu'Ivan, Ava et Ismaël nous apporteront aussi une musicalité et des rythmes puisés à leurs voyages et leurs curiosités, puisqu'on les sait, l'un et les autres, absorbés par les vents contraires et les portes ouvertes. La promesse, donc, d'une soirée voyageuse et rêveuse.

 

On rentre, un ami sous le bras, un verre sous l'autre. On s'installe. Sous l'éclairage tamisé, Ivan Tirtiaux se pose comme un oiseau de mer sur le bord du plateau, avec la complicité de Mathieu Verkaeren à la contrebasse. Avec Charlatan en ouverture, ils gagnent l'attention d'un public qui connait la chanson, ouverture de son disque L'Envol. Ce soir « on fête le printemps », en effet, pas « dans des appartements fermés » mais dans une Rotonde où le public continue de s'installer, à son rythme, et se serre petit à petit sur les marches et dans la fosse. Le ton, le timbre chaud et un brin lascif d'Ivan, ses mélodies obsédantes, créent une union insouciante et attentive. Il surprend dès le second morceau avec un nouveau titre. Puis un autre. Puis un autre. Au final, quatre nouvelles chansons ce soir-là. Soutenues par la patte de l'artiste, cette écriture légère et imagée, elles font apparaitre les fresques qui se chantent au fil des notes tressées par un jeu de guitare remarquable : le jardin, les roses, l'île déserte, le grand-père, les déboitements de la vie ... Ivan évoque sans mélancolie, dessine sans pinceau, les émotions auxquelles il offre un contour. Ne se laisse pas déstabiliser par un vigile un peu zélé, qui vient exiger du public qu'il se lève, en hurlant, deux fois pendant le concert (!), et pour une raison qui échappe à tout le monde, puisque tous, étions simplement emportés et bercés par les contes du chanteur voyageur en face de nous. Mais finalement, qu'importe : en chanteur voyageur imperturbable, Ivan prend ce qui lui vient, mêle toutes ces énergies à la sienne, pour nous livrer une première partie sobre et élégante, posée mais hypnotique. Et qui dévoile par le trou de la serrure un nouveau monde, encore plus intime que dans L'Envol... ? A suivre.

 

Quelques instants plus loin, quelques passages du vigile plus tard (il ne s'en lasse pas), Ava Carrère et Ismaël Colombani font leur apparition sous une avalanche de sifflets et d'applaudissements enthousiastes. A la langueur estivale du regard d'Ivan Tirtiaux succèdent les paumes, levées en un salut tribal, des deux Sauvages. La scénographie est sobre : quatre vitraux sur scène, érigés comme des drapeaux irisés. Mais les costumes ont gagné en couleurs, et ces deux-là, pourtant, n'ont pas l'air déguisés. Suréquipés de couleurs et de paillettes, ils apportent en même temps la noblesse d'Alain Peters et son destin potache. Ils s'en moquent d'ailleurs tendrement au passage, de leur Alain Peters dont les chansons si belles nourrissent leur répertoire de bout en bout. Mais ils lui rendent sans aucune fausse note leur brillant hommage, dans une explosion de rythmes et de mélodies qui fait rapidement sortir de ses gonds un public colonisé d'avance.

 

Entre deux chansons et quatre phrases interrompues de l'un par l'autre (car ils se chamaillent sur scène, invariablement), ils nous présentent la cerise de la soirée sur l'ananas au rhum : car ils sont quatre ce soir. Accompagnés par le Sergent Emilie Alenda au basson (une merveille) et l'époustouflant Osvaldo Hernandez aux percussions, maitre Yoda des maracas dont il livre au passage une démonstration en souverain absolu – un jeu non seulement irréprochable mais chorégraphié, lumineux, gracieux, magnifique.

 

En fin de soirée, un peu sonné par toute cette beauté, on sort du Botanique et on rentre chez soi. Dans la voiture, les deux albums se relaieront dans le lecteur CD jusqu'à la maison.

 

Sans excellence, la puissance n'est rien. Ce dimanche soir-là, la Rotonde a largement accueilli de l'une comme de l'autre.

 

Ivan Tirtiaux et Sages comme des Sauvages existent. Deux radeaux musicaux made in Belgium qui sortent du lot, fendent les vagues, et naviguent vers le large dans l'océan des plus grands. Puisse notre petit pays faire honneur à ceux-là et s'en montrer fier, parce qu'ils le valent largement, et pour se faire pardonner tous les autres.

 

 

 

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